Infographie explicative pour le calcul d'un radier général soumis aux sous-pressions hydrostatiques et à la poussée d'Archimède selon les Eurocodes.

Lorsqu'un projet de bâtiment ou de génie civil intègre un ou plusieurs niveaux de sous-sol sous la nappe phréatique, la structure subit une action mécanique verticale ascendante : la sous-pression hydrostatique, communément appelée poussée d'Archimède.

Face à cette contrainte, le choix d’une fondation par radier général est souvent incontournable pour assurer l'étanchéité et répartir les charges. Cependant, sa conception exige une double justification rigoureuse : la stabilité globale du bâtiment vis-à-vis du soulèvement (état limite UPL) et la résistance structurelle du radier en flexion inversée (Eurocode 2 & Eurocode 7).

Ce guide technique détaille la méthodologie étape par étape, les formules de calcul fondamentales et un exemple d’application numérique complet.

1. Les Hypothèses Fondamentales d'Étude

Pour entamer les calculs, le concepteur doit impérativement consolider les données issues de l'étude géotechnique (G2) et des plans de coffrage :

  • Le niveau des plus hautes eaux (NPHE) : C'est la cote maximale théorique de la nappe phréatique exprimée en mètres NGF. Elle sert de référence absolue pour le calcul des pressions maximales.
  • La géométrie de l'ouvrage : L'épaisseur du radier (hr), la surface totale du radier (A) et la profondeur de la sous-face du radier par rapport au NPHE (Hw).
  • Les propriétés de l'eau : Le poids volumique de l'eau douce est conventionnellement fixé à γw = 10 kN/m³ (ou 9,81 kN/m³ pour plus de précision).
  • Les actions descendantes : Le poids propre de la structure en phase d'exploitation, mais surtout en phase de chantier (situation transitoire la plus critique où le bâtiment est le plus léger).

2. Diagramme des Pressions et Principe Mécanique

La sous-pression hydrostatique agit de manière uniforme sous la surface du radier si le niveau inférieur est horizontal.

σw = γw × Hw

Où :

  • σw est la contrainte hydrostatique ascendante (kPa ou kN/m²).
  • Hw est la hauteur d'eau mesurée depuis le NPHE jusqu'à la sous-face du radier (m).

Modélisation du comportement structurel

Contrairement à un radier classique hors d'eau qui subit la réaction du sol du bas vers le haut pour compenser les charges des poteaux et des voiles (flexion standard avec fibres tendues en sous-face entre les appuis), les sous-pressions hydrostatiques agissent comme une charge répartie continue ascendante. Lorsque la nappe remonte, le radier tend à "bomber" vers le haut entre les points durs formés par les voiles périphériques et les poteaux. Les armatures principales devront donc souvent être placées en nappe supérieure en milieu de travée.

3. Méthodologie de Justification aux États Limites

Selon les normes Eurocode (NF EN 1997-1 / Eurocode 7), la sécurité doit être analysée sous deux angles distincts.

A. Justification vis-à-vis du Soulèvement Global (État Limite UPL)

Il s'agit de vérifier que le poids total de l'ouvrage (effets stabilisants Gstb}) est suffisant pour contrecarrer la poussée d'Archimède (effet déstabilisant Vdst}) avec un coefficient de sécurité réglementaire.

La condition réglementaire à l'ELU (UPL) s'exprime ainsi :

Vdst,d ≤ Gstb,d

En décomposant avec les facteurs de sécurité partiels (γG,dst = 1,05 pour l'action de l'eau défavorable permanente, et γG,stb = 0,90 pour le poids propre favorable) :

1,05 × (A × γw × Hw) ≤ 0,90 × Gk

Gk représente le poids mort caractéristique minimal de la structure entière (béton, dalles, voiles, radier).

Si cette condition n'est pas vérifiée, l'ouvrage flotte. Il faut alors recourir à des solutions techniques :

  • Augmenter l'épaisseur du radier (ajout de masse).
  • Mettre en place des tirants d'ancrage actifs ou passifs (micropieux forés dans le sol sous-jacent).
  • Réaliser un système de rabattement permanent de nappe (drainage / pompage), sous réserve d'autorisation environnementale.

B. Justification de la Résistance Structurelle (ELU & ELS - Eurocode 2)

Une fois la stabilité globale validée, le radier est calculé comme une dalle inversée soumise à la charge nette qnet :

qnet = qw - qstructure

Pour le calcul du ferraillage aux états limites de service (ELS) et ultimes (ELU), les combinaisons intègrent la poussée de l'eau comme une action permanente ou variable selon la cinétique de la nappe. Généralement :

  • Combinaison ELU Fondamentale : 1,35 × G + 1,50 × Q + 1,35 × W (si l'eau W est considérée comme une action variable prépondérante).

4. Exemple Pratique d'Application Numérique

Données du Projet

  • Dimensions du bâtiment au sol : Rectangle de 20 m × 15 m, soit une surface A = 300 m².
  • Profondeur de la sous-face du radier : Située à -4,50 m par rapport au niveau du sol fini.
  • Niveau maximal de la nappe (NPHE) : Situé à -1,50 m par rapport au niveau du sol.
  • Épaisseur initiale du radier en béton armé : hr = 0,60 m.
  • Masse volumique du béton armé : γc = 25 kN/m³.
  • Charges descendantes de la superstructure (hors radier) en phase critique : Gsuper = 4 200 kN (bâtiment brut sans cloisons ni charges d'exploitation).

Étape 1 : Calcul des charges et des pressions

  1. Hauteur d'eau sous pression (Hw) :
    Hw = 4,50 m - 1,50 m = 3,00 m
  2. Pression hydrostatique unitaire (σw) :
    σw = 10 kN/m³ × 3,00 m = 30 kN/m² (ou kPa)
  3. Force totale de soulèvement déstabilisante (Vdst,k) :
    Vdst,k = 30 kN/m² × 300 m² = 9 000 kN

Étape 2 : Calcul de la masse stabilisante de l'ouvrage (Gk)

  1. Poids propre du radier (Gradier) :
    Gradier = 300 m² × 0,60 m × 25 kN/m³ = 4 500 kN
  2. Poids total caractéristique stabilisant (Gk) :
    Gk = 4 200 kN + 4 500 kN = 8 700 kN

Étape 3 : Vérification de la Stabilité au Soulèvement (UPL)

Appliquons les coefficients de l'Eurocode 7 pour l'état limite ultime UPL :

  • Valeur de calcul de l'effet déstabilisant (Vdst,d) :
    Vdst,d = 1,05 × 9 000 kN = 9 450 kN
  • Valeur de calcul de l'effet stabilisant (Gstb,d) :
    Gstb,d = 0,90 × 8 700 kN = 7 830 kN

Analyse du résultat :
Vdst,d (9 450 kN) > Gstb,d (7 830 kN)

Le critère UPL n'est pas respecté. Le bâtiment risque de soulever et de flotter durant cette phase. Il manque une force de calcul équivalente à 9 450 - 7 830 = 1 620 kN.

Étape 4 : Choix d'une solution technique adaptative

Pour stabiliser l'ouvrage, le bureau d'études décide d'augmenter l'épaisseur du radier. Calculons la nouvelle épaisseur hr,new requise.

Soit X le supplément de poids caractéristique nécessaire pour équilibrer l'équation à la limite :

1,05 × 9 000 = 0,90 × (8 700 + X)
9 450 = 7 830 + 0,90 · X ⇒ 0,90 · X = 1 620 ⇒ X = 1 800 kN

Le radier doit donc peser Gradier, req = 4 500 + 1 800 = 6 300 kN.
Le volume de béton nécessaire est : V = 6 300 / 25 = 252 m³.
La nouvelle épaisseur est donc :

hr,new = 252 m³ / 300 m² = 0,84 m

On retiendra par sécurité un radier général de 85 cm d'épaisseur.

Étape 5 : Principe du calcul de ferraillage de la dalle (Eurocode 2)

Avec un radier de 0,85 m d'épaisseur, le poids propre du radier passe à 300 × 0,85 × 25 = 6 375 kN.



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